Les réfugiés aussi ont un droit à la famille
Traduction du Fräie Mikro de Laura Zuccoli le 17 mars sur 100komma7
( ici le link à l’original: https://100komma7.lu/news/Och-Fluchtlingen-hu-Recht-op-Famill?pd=radio
Après le dépôt d’une demande de regroupement familial, il faut attendre jusqu’à 35 mois pour obtenir une réponse. C’est beaucoup trop long, critique Laura Zuccoli, militante pour les droits civiques et spécialiste des questions de vie familiale, dans son *Fräie Mikro* (micro libre).
Les nouvelles règles sur le statut de réfugié veulent empêcher le plus rapidement possible les réfugiés non reconnus d’amener leur famille la plus proche au Luxembourg et en sécurité. Pour cela, ils disposent de 6 mois et ne doivent remplir aucune condition de logement ou d’accueil.
**La loi prévoit pourtant 9 mois.**
Les réfugiés sont des êtres humains, et les personnes souffrent de la séparation d’avec leur famille. Avec des conséquences souvent dramatiques pour la santé mentale des personnes concernées : stress, crises d’angoisse et de panique, troubles du sommeil, difficultés de concentration et découragement général, allant jusqu’au désespoir total, voire à des pensées suicidaires.
Après le dépôt d’une demande de regroupement familial, il faut attendre jusqu’à 35 mois pour obtenir une réponse. Pourtant, la loi stipule que l’administration doit répondre dans un délai de 9 mois.
Le Médiateur a demandé des explications sur ces longs délais d’attente, mais la Direction de l’immigration a simplement confirmé le retard, sans fournir d’explications supplémentaires.
**Les demandeurs sont-ils freinés intentionnellement ?**
On pourrait penser que la raison est que le regroupement familial pour les réfugiés est une affaire compliquée. Ce n’est pourtant pas le cas. Même lorsqu’un réfugié parvient à avoir un logement et à fournir tous les documents nécessaires, il doit attendre extrêmement longtemps pour obtenir une réponse.
On ne peut s’empêcher de penser que la politique et l’administration cherchent davantage à freiner et à empêcher les regroupements familiaux plutôt qu’à les faciliter.
Par exemple, pour les familles érythréennes, on exige des copies de toutes les pages du passeport, alors qu’il est clairement indiqué dans la demande que le pays d’origine refuse d’en délivrer. Ou encore, on demande un certificat de célibat pour un jeune homme de 17 ans, alors que le mariage à cet âge n’est autorisé ni par le droit luxembourgeois ni par celui du pays d’origine. Ou bien, un acte de naissance d’un enfant est refusé parce que le sexe des parents n’y figure pas.
L’administration demande souvent des documents supplémentaires, même lorsque la personne a déjà fourni ceux qui lui avaient été demandés précédemment – ce qui frustre et décourage. Parfois, on redemande même des documents déjà présentés.
**Dysfonctionnements administratifs et arbitraire politique**
De plus en plus souvent, les demandes de regroupement familial sont purement et simplement rejetées, sous prétexte qu’il s’est écoulé trop de temps depuis la séparation avec la famille dans le pays d’origine. C’est du pur sarcasme.
Un réfugié qui passe des années dans la procédure d’asile et doit attendre jusqu’à 35 mois pour une réponse concernant le regroupement familial – soit tout de même 3 ans – est rendu responsable des dysfonctionnements administratifs et de l’arbitraire politique.
La victime est ainsi tenue pour responsable de sa propre misère. Pourtant, la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme est claire : la durée de la séparation n’a pas d’incidence sur l’existence d’une vie familiale effective.
**L’ADR dit tout haut ce qu’elle pense**
Le projet de loi prévoit une modification de la loi sur le regroupement familial afin de « freiner l’afflux continu de migrants par le biais du regroupement familial ».
Avoir un logement et des revenus propres devraient devenir des conditions pour que les réfugiés non reconnus puissent faire venir leurs parents ou leurs enfants mineurs. Il est incertain combien de personnes seraient concernées et si ces changements freineraient l’accomplissement des espoirs des réfugiés.
Une chose est sûre : le droit au regroupement familial est restreint, et l’humanité reste une fois de plus sur le carreau.
*« Nous sommes heureux pour tous les réfugiés qui n’arrivent pas ici »*, a déclaré récemment le ministre compétent, Max Hahn, dans une interview. Lors de son congrès le week-end dernier à Keespelt, l’ADR a félicité le gouvernement CSV-DP pour sa nouvelle politique migratoire. Cela en dit long.