Réformes de la loi sur l’immigration: une régularisation pour redonner une dignité et des perspectives

À l’heure où le Parlement débat les projets de loi n°8586 et n°8684 (avis de l’ASTI plus bas), et l’Espagne s’apprête à lancer une régularisation d’envergure, l’ASTI alerte : réformer sans régulariser, c’est entériner l’injustice et refuser une vie digne aux personnes concernées.

Face à des réformes qui vont redessiner en profondeur la politique migratoire au Luxembourg, l’ASTI appelle à une mesure indispensable et urgente : une régularisation exceptionnelle des personnes en séjour irrégulier déjà présentes sur le territoire.

Une réforme qui renforce le contrôle… et oublie les personnes

L’ASTI a émis son avis sur les deux projets de lois cités plus haut et derrière les ajustements techniques et les avancées ponctuelles, une tendance lourde se confirme : le durcissement de la gestion des personnes en séjour irrégulier. Renforcement des contrôles, accélération des procédures de retour, pression accrue sur les personnes concernées : les projets de loi organisent une réponse essentiellement sécuritaire.
Pendant ce temps, une réalité est ignorée et les autorités ferment les yeux : des milliers de personnes vivent, travaillent et contribuent déjà à la société luxembourgeoise sans droits, sans protection et sans perspectives.

« Remettre les compteurs à zéro » : faire le choix du respect de la dignité humaine

La dernière régularisation exceptionnelle remonte à plus de dix ans (2013 !?), au moment où le Luxembourg transposait la directive sanctions. Depuis, les situations d’irrégularité se sont multipliées, souvent pour des raisons administratives, des ruptures de parcours ou un manque d’information.
Ce ne sont pas des “abus”, ce sont des vies bloquées dans des impasses administratives.

Dans un moment de réforme aussi structurant, ne pas prévoir de mécanisme de régularisation revient à :

  • ignorer ces réalités,
  • prolonger des situations d’injustice,
  • renforcer la précarité,
  • refuser une vie digne à des personnes qui vivent et travaillent au Luxembourg,
  • exclure une partie de la population de vivre-ensemble qui est tant prôné.

L’argument de « l’appel d’air » : un fantasme politique

L’argument est connu. Il est aussi infondé. Non, les régularisations ne provoquent pas d’«appel d’air». Les études sur plusieurs décennies montrent qu’elles n’entraînent pas d’augmentation significative des flux migratoires, mais génèrent plutôt des impacts positifs  pour les personnes concernées et la société[1]. Ce discours sert avant tout à justifier l’inaction.
Ce qui attire, ce sont les réalités économiques, les crises et les inégalités — pas les politiques de régularisation.
Continuer à brandir cet argument, c’est refuser de regarder les faits[2].

Une politique opaque, contraire à l’État de droit

Aujourd’hui, la régularisation au compte-gouttes[3] repose sur des décisions au cas par cas :

  • discrétionnaires,
  • peu transparentes,
  • imprévisibles.

Cette opacité n’est pas acceptable dans un État de droit.

Elle maintient des personnes dans l’incertitude permanente et les pousse à renoncer à leurs droits, par peur de sanctions ou de refus arbitraires.

Régulariser, c’est protéger — toute la société

Refuser la régularisation, c’est :

  • maintenir des personnes dans l’ombre,
  • alimenter l’exploitation au travail,
  • refuser une vie digne aux personnes concernées,
  • fragiliser le vivre-ensemble et la cohésion sociale.

À l’inverse, régulariser, c’est :

  • reconnaître des réalités existantes,
  • garantir des droits fondamentaux,
  • lutter contre les abus et le travail illégal,
  • renforcer l’égalité devant la loi.

Régulariser c’est un choix de société.

L’ASTI appelle au courage politique

Face à ces réformes futures qu’imposent les modifications législatives, le Luxembourg a deux options :

  • continuer à gérer l’irrégularité par le contrôle et la répression,
  • ou assumer une politique migratoire juste, transparente et humaine, comme l’affirme le Gouvernement.

Sans régularisation, ces réformes resteront incomplètes — et profondément injustes.