Baisse de la natalité et immigration en recul: le Luxembourg face à un double défi démographique

 

Si sa croissance démographique reste positive, le Grand-Duché connaît un ralentissement de cette dynamique. Un sujet qui sera au cœur des discussions ce lundi 21 septembre à l’occasion d’une table ronde organisée à la Chambre des salariés.
Trois experts, dont Antoni Montserrat Moliner, seront réunis dans le cadre de cette table ronde. © PHOTO: Chris Karaba/Illustration

 

Placer l’évolution de la démographie luxembourgeoise au centre du débat politique. C’est la volonté portée par la Plateforme Immigration et intégration Luxembourg (Piilux). Ce lundi 21 septembre, l’association organise un débat à la Chambre des salariés. Intitulé «Ralentissement démographique et immigration en recul: où va le Luxembourg?», cet événement vise à mettre en avant l’érosion des deux piliers qui contribuent à la croissance démographique du pays, tout en invitant à la recherche de solutions.

«Dans la plupart des pays européens, on constate que le débat sur les tendances démographiques sert l’extrême droite. Au Luxembourg, nous souhaitons que tout le monde puisse s’approprier cette thématique, donc nous essayons modestement de placer la discussion au centre du débat, dans l’intérêt de tous», explique Antoni Montserrat Moliner, ancien responsable de statistiques sociales chez Eurostat et membre de Piilux.

On constate un certain ralentissement de la migration, tandis que le taux de fécondité est descendu à 1,23 enfant par femme, quand le taux de remplacement est de 2,1.

Antoni Montserrat Moliner
Ancien responsable de statistiques sociales chez Eurostat

Alors que le Grand-Duché est l’État membre de l’Union européenne qui a connu la croissance démographique la plus importante depuis la Seconde Guerre mondiale, cette dynamique semble se tarir. «Selon les statistiques du Statec, on pensait initialement franchir le cap des 700.000 habitants en 2025, mais ça n’a pas été le cas. On constate un certain ralentissement de la migration, tandis que le taux de fécondité est descendu à 1,23 enfant par femme, quand le taux de remplacement est de 2,1», poursuit Antoni Montserrat Moliner, qui figure parmi les experts participant à la table ronde.

L’un des taux de fécondité les plus faibles en Europe

En effet, au 1er janvier 2026, le Luxembourg comptait 690.959 habitants, selon les chiffres du Statec, soit 1,3% de plus qu’un an plus tôt. «Ce taux d’accroissement est inférieur à celui observé un an auparavant (1,5%), mais aussi bien plus faible que lors de la dernière décennie (où il variait de 2,0 à 2,5%)», notaient ainsi les statisticiens en mai dernier. «Si on combine les deux facteurs, l’arrêt de la migration et la baisse de la fécondité, c’est dramatique. Il est évident que nous avons un problème», commente Antoni Montserrat Moliner.

À l’échelle de l’Union européenne, le Luxembourg figure même dans le top 10 des pays présentant les plus faibles taux de fécondité en 2024. «Avec l’Espagne, l’Italie, la Finlande et l’Estonie, le Grand-Duché figure parmi les États avec la fécondité la plus faible. Et ça, c’est problématique.»

Alors que la tendance d’une baisse des naissances se vérifie au niveau mondial, l’expert estime qu’il serait difficile d’imaginer une politique permettant de faire remonter la natalité au taux nécessaire de 2,1. «On ne peut pas dire que le problème soit dû au manque de politiques sociales, elles sont parmi les meilleures d’Europe. Il est possible qu’en jouant sur la disponibilité des crèches, ou une flexibilité du temps de travail, on arrive à augmenter les naissances pour atteindre à 1,3 ou 1,4, mais il sera difficile de faire plus», détaille Antoni Montserrat Moliner.

L’expert souligne par ailleurs ce que plusieurs études scientifiques mettent en évidence: plus une société a des revenus élevés, plus le taux de fécondité tombe. «Cela ne devrait donc pas nous surprendre, mais on doit, d’une manière ou d’une autre, réagir.»

Un manque de planification de l’immigration?

Quant à l’autre pilier démographique, l’immigration, elle aussi a du plomb dans l’aile. «La croissance démographique et la croissance économique sont fondamentalement liées à l’immigration. Mais aujourd’hui, nous connaissons une pénurie d’ingénieurs, d’infirmiers, de chauffeurs de poids lourds ou encore dans le secteur du bâtiment», énumère Antoni Montserrat Moliner.

On a besoin d’infirmières, d’où vont-elles venir? Des pays frontaliers? C’est déjà un peu limite, le gouvernement belge fait tout pour que le Luxembourg arrête de dépouiller l’hôpital d’Arlon. La situation est similaire en France. Alors, où irons-nous chercher les professionnels de santé?

Si l’Adem publie et met à jour régulièrement une liste des métiers «très en pénurie», l’expert regrette le manque de planification de l’immigration professionnelle. «Nous vivons une croissance démographique arbitraire. Le Luxembourg a besoin d’identifier quels pays pourraient apporter des professionnels à son marché du travail.»

L’ancien responsable des statistiques sociales souligne à cet effet la situation particulièrement critique du secteur de la santé. «On a besoin d’infirmières, d’où vont-elles venir? Des pays frontaliers? C’est déjà un peu limite, le gouvernement belge fait tout pour que le Luxembourg arrête de dépouiller l’hôpital d’Arlon. La situation est similaire en France. Alors, où irons-nous chercher les professionnels de santé?»

À travers ce débat, Piilux invite donc à la réflexion, avant qu’il ne soit trop tard. «La population luxembourgeoise connaît une tendance à la hausse tous les ans. Il faudrait s’inquiéter lorsqu’on connaîtra une perte de population, ce que certains pays européens connaissent déjà.» Si ce n’est pas la tendance à laquelle il faut s’attendre dans l’immédiat, c’est celle que redoute Antoni Montserrat Moliner, si aucun levier n’est activé.